Du 15 janvier au 14 février 2025, j’ai exposé une trentaine de pièces à la galerie d’art contemporain de la ville de Chamalières.
Lorsque j’ai préparé cette exposition, je me suis interrogée sur la manière d’aborder le paysage dans mes nouvelles pièces.
Les grands espaces, les paysages lumineux, calmes et apaisants nourrissent mon imaginaire, c’est certain. Ils en sont même le moteur. Les balades le long de la Saône, les voyages en bateau, les randonnées en Islande, les marches au Japon au pied des volcans, une enfance à la Réunion….
Pourtant, l’idée de représenter un horizon parfaitement stable, dégagé et apaisant ne me paraissait pas juste.
Dans le contexte actuel, marqué par l’instabilité, les bouleversements climatiques et les catastrophes naturelles cela résonnait comme une illusion.
J’ai choisi de situer mes pièces dans un espace fragile, à la limite du calme et du basculement, entre l’apaisement et la catastrophe. J’ai essayé de capter ce grondement sourd, ces vibrations invisibles, ce qui semble à peine perceptible même dans un paysage apaisant.
Ce point de bascule où tout peut changer.
Transposer la fragilité et l’éphémère
Je me suis appuyée sur des images qui m’apportent un apaisement profond : la mer, les paysages désertiques, les plans d’eau. L’objectif n’était pas de les reproduire, mais d’explorer ce qu’ils contiennent de mouvant, d’imprévisible, d’invisible.
À l’atelier, j’ai cherché à transposer plastiquement ces sensations diffuses : un souffle, un mouvement, une vibration que l’on ressent. Pour cela, il me fallait un espace de travail où tout ne soit pas sous contrôle, avec des médiums dont les propriétés permettent à la fois de maîtriser le résultat mais également de se laisser surprendre.
Le fusain et le pastel m’offrent cette instabilité et cette fragilité, grâce à l’effacement à la gomme mie de pain et au travail de couches.
L’encre et les pigments ouvrent à l’accident et aux textures, accentués par l’ajout de javel ou de vinaigre. Des procédés périlleux, souvent hors de contrôle mais passionnant et surtout surprenant.
Le crayon de couleur, enfin, me permet de préciser, d’affiner, de mettre un point final au dessin.
Ces procédés me donnent la possibilité de travailler le mouvement, le souffle, et de rester disponible à l’inattendu.
Du mini-paysage aux formats immersifs
J’ai pensé la scénographie comme une traversée, invitant le spectateur à passer des petits formats aux grandes toiles libres. Comme une balade sensible, le regard des personnent se déplace d’une échelle à l’autre.
Les petits formats, proches de l’esquisse, étaient comme des notes préparant une partition plus vaste. Plus intimes, ils invitaient à se rapprocher.
Les grands formats, eux, immergent le spectateur. Dans l’atelier, mon corps entier était impliqué dans le geste, offrant une immersion physique dans le paysage. On ne le regarde plus : on le traverse.
Une expérience partagée
Ce que je retiens de cette exposition, ce sont les rencontres. Les visiteurs ont projeté leurs propres paysages, leurs souvenirs. Certains ont évoqué des drames vécus, des catastrophes, des questionnements liés aux bouleversements du monde. D’autres ont parlé de voyages intimes, d’évasions mentales.
Ces dialogues, riches et sincères, m’ont rappelé que mes pièces trouvent leur sens dans la résonance qu’elles suscitent.
Je remercie la galerie pour son accueil et la médiation mise en place, qui a permis à ces échanges d’exister.
✨ Cette exposition est une nouvelle étape: la poursuite d’une recherche sur le paysage comme espace mouvant, instable. À la fois familier, intime, apaisant mais également insaisissable et imprévisible.